M. Christopher Gygès

Porte-Parole du gouvernement chargé d’animer et de contrôler les secteurs de l’économie et des mesures de relance, du commerce extérieur, de la fiscalité, de l’énergie, de l’économie numérique et de l’économie de la mer. Vous êtes également chargé de la politique du « bien-vieillir » et de la politique de solidarité

Le gouvernement actuel est au pouvoir depuis 7 mois. Comment voyez-vous la Nouvelle-Calédonie (NC) évoluer sous ce gouvernement?

Nous voulons faire de la NC un territoire d’opportunités, ouvert sur le monde, moderne, ambitieux et accueillant pour tout investisseur.

Le PIB calédonien a cru de 0.6% en 2018 mais il est néanmoins historique puisqu’il passe pour la première fois la barre des 1 000 milliards de francs CFP. Quelle est la situation actuelle de l’économie en Nouvelle-Calédonie, défis et opportunités?

Nous sommes dans une situation économique complexe, l’ancienne mandature a considéré l’entreprise comme ennemi, ce qui a engendré un ralentissement de croissance et des destructions d’emplois. Nous avons mis en place la loi de relance économique pour redonner confiance aux investisseurs et pour retrouver les leviers de croissance. Un résultat direct est qu’au 4ème trimestre 2019, la taxe générale à la consommation (TGC), qui montre l’état de consommation des ménages est revenu au niveau prévu à la restauration de cette même taxe en octobre 2018. Cela montre que la consommation repart à nouveau, ce qui est un bon signal pour les investisseurs et les acteurs économiques, ils vont avoir de nouvelles perspectives de croissances.

Nous avons une opportunité formidable dans le nickel, je lisais l’article du président du “London Metal Exchange”: “le nickel calédonien pourrait avoir un avantage comparatif sur le marché en s’inscrivant sur une ligne de développement durable”. Tesla, General Motors, Renault et d’autres constructeurs automobiles sont à la recherche de nickel propre pour vendre leurs voitures électriques. Nos métallurgistes doivent s’inscrire dans cette démarche et produire un nickel plus propre et à la fois compétitif sur le marché.

Vous avez lancé une loi sur la relance de l’économie qui a été adopté. Quelles sont les principales stratégies gouvernementales pour lutter contre le ralentissement économique et pour développer un PIB durable? Quelles sont vos objectifs pour l’année 2020?

Nous avons voulu rétablir la confiance avec le monde économique et pour cela le gouvernement a lancé un grand débat entreprise pendant 3 mois, ce qui a permis d’instaurer un dialogue avec les chefs d’entreprises. Nous sommes allés au contact des petits entrepreneurs, qui constituent 95% du tissu économique local, pour comprendre ce qu’ils attendaient de ce nouveau gouvernement. A partir de ce débat, nous avons construit une loi de relance économique, extrêmement pragmatique, avec des mesures qui répondaient à un besoin de simplification de l’économie. Nous avons introduit “un droit à l’erreur” pour passer d’une administration qui sanctionne à une qui donne des conseils. Nous avons pris des mesures de soutiens à la trésorerie des entreprises d’une manière importante, j’ai signé un remboursement des stocks de TGC suite à une avance de trésorerie au gouvernement de 4 Milliards de francs CFP, ceci vont être réinjectés dans l’économie calédonienne.

La loi de relance comprend des outils de diversification de l’économie calédonienne. Nous avons créé un dispositif de zones franches, la gestion ce fera par provinces et servira à attirer des investisseurs sur de nouveaux secteurs. La loi est rentrée de manière effective au mois de janvier et nous commençons à sentir ces effets. Nous souhaitons avoir une politique attractive en faveur des investisseurs métropolitains et étrangers avec un label “Choose New Caledonia”, un bureau des investisseurs sera développé au sein de la direction des affaires économiques, en collaboration avec la Chambre du Commerce. Celui-ci aura comme but de conseiller des investisseurs potentiels à travers un portail qu’ils pourront consulter et qui montrera les atouts et démarche à suivre pour faire gagner du temps.

Le 3ème volet que nous préparons est la loi de programmation fiscale qui donnera le cadre fiscal de cette mandature. Pour l’impôt sur les sociétés (IS), nous souhaitons passer de 30% à 25% de manière séquencée et simplifier la TGC. Nous sommes dans une démarche qui cherche à donner de la visibilité aux acteurs économiques à travers le déploiement d’une fiscalité levier du développement économique. Cette loi sera présentée au gouvernement début mai et au congrès en juin/juillet.

Parallèlement, le Président mène la question de rétablir les comptes sociaux via deux axes principaux, le premier étant la question du passif avec l’emprunt, qui permettra de réinjecter 25 Milliards de francs CFP dans l’économie calédonienne et avec un travail d’assainissement du flux qui comprendra une meilleure rationalisation de la gouvernance des comptes sociaux.

Produire localement est l’une des clés pour développer une économie durable. Quels sont les secteurs porteurs de croissance en NC? Lesquelles sont mis en avant aux yeux des investisseurs métropolitains et étrangers aujourd’hui?

Nous avons une économie très diversifiée par rapport à d’autres outres mers, un tissu économique parmi les plus développés dans la zone du pacifique et avec une volonté de développer le secteur industriel. Parallèlement, nous avons le secteur des énergies renouvelables qui est en plein essor et nous avons besoin d’investisseurs pour aider le secteur métallurgique dans sa transition énergétique. Nous avons créé le secteur de l’économie de la mer et nous sommes en train de construire une vraie stratégie maritime vu les opportunités que nous avons sur ce territoire. Nous travaillons aussi sur une loi cadre du développement du numérique en NC pour en faire une filière porteuse.

Pour 2020, nous souhaitons travailler sur un plan à 20 ou 30 ans de développement de l’économie calédonienne à la fois d’un point de vue économique et d’aménagement du territoire.

Quels sont vos projets pour inciter les entreprises à l’exportation de leurs produits et services?

Nous avons un crédit d’impôt permettant de prendre en charge les dépenses liées à la promotion commerciale de produits d’export calédoniens, celui-ci sera renforcé dans le cadre de la loi de programmation fiscale. Parallèlement, nous voulons développer des accords commerciaux avec les pays de la zone et travaillons sur un dispositif de réciprocité avec nos voisins australiens, fidjiens et néozélandais.

Mme. Backès a lancé en 2012, un appel à projet pour qu’il y est 100% d’énergie renouvelable dans la distribution publique, cet objectif devrait être atteint en 2023. Quelle est la stratégie du gouvernement en termes d’énergie renouvelable? Comment la NC peut-elle devenir un exemple de territoire à énergie propre en métropole et dans le pacifique?

Nous sommes déjà un modèle pour la métropole, nous avons la plus grande ferme solaire avec stockage et il faut qu’on aille encore plus loin. Nous avons des projets innovants dans le pacifique avec une île 100% ENR à Lifou. Nous allons avoir à l’Aéroport International de Nouméa – La Tontouta, une toiture en photovoltaïque sur le parking avec des bornes de recharge électriques. Nous avons aussi établie la première ferme agri-solaire en toiture avec le projet Focola, en laissant le terrain gratuitement à l’opérateur. Nous souhaitons aussi développer une énergie verte dans le secteur minier, nous présenterons très prochainement un plan pluriannuel de développement des énergies renouvelables avec une vraie démarche de planification et d’innovation dans ce secteur. Le but est d’arriver au moins à 80% d’énergie renouvelable dans ce secteur sur les 10 prochaines années.

Il y a un gros potentiel en NC avec les métiers du numériques. Comment la NC peut-elle devenir une terre d’accueil pour les “digital nomads”?

D’une part nous travaillons sur une loi-cadre du développement du numérique. Les zones franches serviront à attirer ces entreprises numériques à travers un cadre fiscal attractif. D’autre part, nous avons l’avantage d’être dans un fuseau horaire qui permet aux entreprises métropolitaines de travailler 24h sur 24.

La Nouvelle-Calédonie a le 3ème plus grands récifs coralliens au monde, celui-ci fait partie du patrimoine de l’Unesco grace à sa biodiversité unique. Que fait le gouvernement pour développer son économie maritime?

Nous avons créé le secteur de l’économie de la mer, qui n’existait pas auparavant, c’était un engagement de campagne. Nous souhaitons prendre un virage vers l’économie durable pour en faire un levier de croissance. Nous avons des activités de croisières qui apportent du travail mais qui ne sont pas adaptées à la NC, j’ai eu l’occasion de rencontrer un groupe australien travaillant sur des croisières plus petites avec plus de  sensibilité environnementale, de préservation de l’environnement et de valorisation des richesses locales. Nous voulons une industrie de la croisière qui soit plus petite et à forte valeur ajoutée.

Il y a une industrie liée au développement maritime et au développement de l’environnement que nous souhaitons soutenir via des dispositifs fiscaux ou de défiscalisation. Nous visons l’ensemble des filières que ce soit, la formation, l’industrie, la recherche etc. La construction d’une cité des organismes de recherche extérieurs est une future possibilité pour développer ce secteur.

Les subventions de la France envers la NC représentent environ 15-17% du PIB Calédonien. Quelle est le rôle de la métropole dans le développement de l’économie calédonienne? et comment la métropole peut-elle renforcer ces relations avec la NC?

La France est un acteur majeur pour l’économie calédonienne et sa presence est essentielle. C’est un levier de consommation et d’investissement extrêmement important, l’Etat nous accompagne sur les dispositifs de défiscalisation outre-mer, sans laquelle plusieurs projets industriels ou même de logement sociaux seraient en incapacité de se faire.
Nous sommes les français du pacifique et n’avons pas assez vendu cette “French Touch”. Nous avons notre spécificité d’avoir ce côté français recherché par des investisseurs et par des touristes que nous ne savons pas utilisé de notre position géostratégique. Nous souhaitons que la NC devienne le porte avion économique de l’Europe dans le pacifique après le Brexit.

Vous avez commencé votre carrière comme membre du cabinet successivement de Simon Loueckhote puis de Sonia Backès. Vous êtes ensuite devenu membre du gouvernement Germain II, directeur de campagne de l’Avenir en Confiance avant de devenir Porte-Parole du gouvernement actuelle. De quoi êtes-vous le plus fier dans votre vie personnelle/professionnelle vis à vis de vos accomplissements?

Ma plus grande fierté est de pouvoir oeuvrer pour le développement de la NC. J’ai eu la chance d’avoir une carrière que j’ai toujours souhaité faire.

Votre message final pour les lecteurs du Figaro qui considèrent la NC comme une destination d’investissement ou de tourisme potentiel?

Pour les touristes, nous avons un potentiel touristique extraordinaire en matière de biodiversité. Nous avons un grand récif classé au patrimoine mondiale de l’UNESCO, une extraordinaire diversité de paysage où on peut passer du bleu extraordinaire des atolls coralliens, à la forêt humide, aux plages de sable noirs de la côte-est. Nous avons discuté avec The explorers, primés par Facebook comme meilleure application de l’année. Ils font un référentiel du monde sur internet et considère la NC comme un joyau dans le monde en matière de biodiversité.

Pour les investisseurs, vous êtes les bienvenues! Il y a un système économique stable, un système juridique indépendant et toutes les conditions pour bien réussir ces investissements. Nous avons des collectivités qui sont dans une démarche d’accompagnement des investisseurs.