Mme. Sonia Backes

    Présidente de l’Assemblée de la province Sud Nouvelle Calédonie

    Le PIB calédonien a crû de 0,6% en 2018 mais il est néanmoins historique puisqu’il passe pour la première fois la barre des 1 000 milliards de Francs CFP. Quelle est la situation actuelle de l’économie en Nouvelle-Calédonie (NC), défis et opportunités ?

    Nous avons un énorme potentiel de développement économique dans plusieurs secteurs mais cela est restreint dû à l’incertitude politique actuelle. De l’extérieur, les référendums peuvent constituer un frein important à la volonté d’investissement ou d’installation. L’économie est en sommeil parce qu’elle attend la fin du processus.
    Cependant, beaucoup d’activités ne sont pas liées au référendum, il pourrait y avoir un développement économique en matière de tourisme et dans le secteur du numérique. De nombreux secteurs n’ont pas de lien direct avec la situation politique.

    Quelles sont les principales stratégies de la province Sud pour lutter contre le ralentissement économique et pour développer un PIB durable? Quels sont vos objectifs pour l’année 2020 et pour le reste de votre mandat (2019-2024)?

    Notre objectif est de valoriser les secteurs à fort potentiel en utilisant certains outils. Le tourisme est en légère hausse avec 126.607 arrivées en 2019, le problème que nous avons est que la Nouvelle-Calédonie ne sait pas se créer une image à l’extérieur ; à l’inverse de la Polynésie.
    Notre nouvelle perception est de mettre en cohérence notre biodiversité. Les touristes aujourd’hui cherchent des endroits inexplorés, c’est un phénomène de mode et nous pouvons surfer sur cette nouvelle vague grâce à nos paysages vierges et notre extraordinaire écosystème, qui sont peu valorisés.
    Nous avons créé une image sur deux aspects, d’une part sur notre splendide biodiversité et d’autre part sur le fait que la Nouvelle-Calédonie est la “Petite France du Pacifique”. Une grande partie des touristes ont un portrait romantique de la France et nous avons intérêt à développer cette offre gastronomique, culturelle… pour donner une image spécifique à l’étranger de la Nouvelle-Calédonie.
    Nous souhaitons utiliser le dispositif de zones franches pour attirer des marques internationales dans des zones que l’on veut développer. Notamment les îlots à fort potentiel touristique où des structures hôtelières pourraient s’installer. Nous sommes très actifs sur la promotion internationale, notre budget est de 500 Millions de francs CFP.
    Un autre axe intéressant de développement est celui des nouveaux métiers du numérique. Nous devons aller à la recherche d’entreprises qui auraient intérêt à offrir à leurs salariés un cadre de vie agréable tout en étant complémentaire avec les équipes de la métropole. Cela permettrait à des entreprises métropolitaines de travailler 24 heures sur 24 vu le décalage horaire et d’avoir moins de charges salariales.

    La province Sud est l’économie la plus dynamique de NC. Quelle est votre vision du paysage des affaires dans la province Sud?

    On a une économie très tournée autour au nickel. On parle de diversification, mais ce n’est pas traduit dans les faits. Le tissu économique de la province Sud comprend 98% de TPE à l’échelle nationale, mais il n’est pas bien rationalisé, ni mis en cohérence, nous devons mieux organiser et promouvoir ce tissu économique.

    Quelles politiques ont été mises en place par la province Sud pour attirer les investissements directs étrangers?

    Depuis 8 mois, on est dans la dynamique du “business friendly”. On est convaincu que la venue d’investisseurs extérieurs permettra à la NC de se développer dans le bon sens.
    Pour attirer les investisseurs étrangers, la Province Sud a mis en place un bureau des investisseurs en partenariat avec le Gouvernement pour leur offrir un accompagnement sur mesure en termes de réglementation et sur le plan fiscal ainsi qu’une visibilité numérique et une compréhension simplifiée de la Nouvelle-Calédonie.

    Quel sera le rôle du secteur privé dans le développement économique de l’île?

    Le secteur privé porte les gros investissements. Nous avons une économie qui est en train d’évoluer et une industrie très protégée. Christopher Gyges travaille sur la suppression des droits de douane avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
    Sur le plan géostratégique, la France a une volonté de créer un triangle Australie-Nouvelle-Zélande-France dans le cadre de l’Axe Indo-pacifique qui a été abordé par le président de la République prenant aussi en compte la stratégie par rapport à la Chine. L’idée est d’avoir un triangle économique fort et une démarche ouverte sur les échanges et les investissements venant de France ou de la zone.

    L’éducation est un facteur majeur de développement. Que fait la province Sud pour assurer que ces habitants augmentent leurs compétences professionnelles?

    En 2010, étant membre du gouvernement en charge de l’enseignement, j’ai lancé les premières écoles bilingues publiques, nous développons de manière très importante ces écoles. L’objectif est que l’offre soit suffisamment importante par rapport à la demande, nous avons un déficit de personnes parlant l’anglais. Pour cela, nous avons mis en place un dispositif de formation, dans le cadre d’un partenariat avec l’état du New South Wales en Australie, pour que nos enseignants soient bilingues et qu’ils puissent ainsi former les futures générations. Pour les professionnels, les entreprises privées sont chargées de les former, nous les accompagnons en cas de problèmes et mettons en place les moyens dont ils ont besoin.

    Les subventions de la métropole envers la NC représentent environ 15-17% du PIB Calédonien et la métropole représente 32% des touristes arrivant sur le territoire en 2019. Quel est le rôle de l’État dans le développement de la province Sud? et comment la métropole peut-elle renforcer ces relations avec la NC?

    L’État joue un rôle majeur sur plusieurs plans:
    Sur le plan de stabilité politique et géostratégie, la présence en NC de la France nous protège de la concurrence extérieure et nous apporte la puissance du passeport français.
    Sur le plan économique, c’est plus de 17% du PIB Calédonien ou 170 Milliards de Franc CFP; les transferts de l’État représentent environ 50 % du budget global des collectivités.
    Concrètement, l’État participe au développement de la NC et joue un rôle primordial pour le futur de notre territoire.

    Après dix ans au Congrès, au gouvernement ou à la province Sud, vous êtes maintenant présidente de la province Sud. De quoi êtes-vous le plus fier dans votre vie personnelle /professionnelle vis-à-vis de vos accomplissements?

    Il y en a trois:
    En 2012, j’ai lancé des appels à projets en matière d’énergies renouvelables, ce qui fait qu’aujourd’hui nous avons atteint les 100% d’énergies renouvelables dans la distribution publique pendant quelques heures. En 2022-2023, toute la distribution publique d’énergie sera propre, ainsi qu’une partie de l’énergie produite par le secteur de la mine. Nous voulons faire de notre pays un exemple dans la région et dans le monde en termes d’énergie verte.
    Deuxièmement, c’est le fait d’avoir monté la Maison de l’Étudiant en 2012 à la suite des Jeux du Pacifique. Nous avons utilisé la structure des Jeux pour construire une résidence universitaire ainsi qu’un campus.
    Troisièmement, ce sont les écoles bilingues que j’ai mentionnées auparavant.

    Votre message final pour les lecteurs du Figaro qui considèrent la NC comme une destination d’investissement ou de tourisme potentiel?

    Nous gagnons à être connus. Mon message pour les lecteurs du Figaro est le suivant: intéressez-vous à ce qui se passe ici parce qu’il y a tous les outils pour investir et réussir. On a un système de santé qui fonctionne bien, nos politiques sont “business friendly”, nous sommes dans une optique de développement et avons un cadre de vie extraordinaire. En d’autres termes, nous pourrions faire de la Nouvelle-Calédonie un laboratoire d’innovation internationale.