Île Réunion
Des projets innovants au service du développement durable

La Semaine européenne du développement durable (SEDD) est l’occasion de mettre en avant un territoire français dynamique, tourné vers la préservation des ressources. Échanges avec Huguette Bello, Présidente du Conseil régional de La Réunion.

Clémentine Hazeran : Quel futur envisagez-vous pour La Réunion et quelles solutions pourraient faciliter l’atteinte des objectifs fixés ?

Huguette Bello: Il est évident que des phénomènes sont à l’œuvre sur notre planète et qu’ils évoluent. Changement climatique, transition numérique, compétition économique mondiale exacerbée, tensions géopolitiques, bouleversements démographiques, etc. Tout cela influence la situation de La Réunion.

Nous concentrons sur notre petit territoire et sa population de près de 900 000 habitants, tous les problèmes auxquels sont confrontés aussi bien les pays développés que les pays en voie de développement.

Malgré tout, notre ambition est de faire de notre île un pôle d’excellence et de rayonnement dans la zone géographique dans laquelle nous nous situons. Nous souhaitons valoriser les atouts découlant de notre triple appartenance à l’Union européenne, à la France et à l’océan Indien.

Par exemple, nous pensons être en mesure d’atteindre l’autonomie énergétique et renouvelable en 2050 en capitalisant sur nos richesses naturelles tout en protégeant notre biodiversité exceptionnelle. Nous pouvons aménager harmonieusement notre territoire et tendre vers la souveraineté alimentaire en privilégiant la production locale et les circuits courts. Enfin, nous devons mieux nous insérer dans notre environnement géo-économique, notamment sur l’axe d’échanges émergeant entre l’Afrique et l’Asie. Il s‘agit également de valoriser notre espace maritime. En ouvrant de nouveaux horizons à notre économie, nous la rendons plus compétitive et inclusive. Pour ce faire, nous avons besoin d’investissements massifs dans la formation et l’innovation. Notre identité mérite de rayonner ; nous sommes une preuve que l’unité se nourrit de la diversité.

C.H.: Vous avez signé l’appel de Fort de France avec vos collègues des régions ultramarines. Quelle en est la portée ?

H.B.: La première chose à retenir, c’est que nous plaidons tous pour que l’État prenne mieux en compte les spécificités propres à chaque culture et à chaque territoire. L’Outre-mer représente des réalités différentes, avec certaines caractéristiques communes : cherté de la vie, gravité de la situation sociale, éloignement économique du continent, mal développement… Nos différences nous rassemblent. Elles nous poussent aujourd’hui à demander à l’État des politiques « sur-mesure » et non des « prêts-à-porter ».

Nous voulons que les moyens et les normes, en particulier dans les domaines du traitement des déchets, des énergies renouvelables, de la construction de bâti tropical ou encore les prérogatives en matière de coopération régionale, soient définis en fonction des objectifs de développement.

La Réunion est une région ultrapériphérique de l’Union européenne, et une région monodépartementale dans l’architecture institutionnelle de la République.

Il faut renforcer les compétences de la Région dans sa vocation économique, celles du Département dans sa vocation sociale, et optimiser toutes les potentialités permises par l’article 349 du traité du TFUE dédié aux RUP.

En un mot, pour paraphraser Michel Rocard, « autant d’intégration que possible, autant d’adaptations que nécessaires ».

Mais la question centrale qui nous préoccupe tous, régions ultramarines comme régions de l’Hexagone, c’est celle des moyens financiers dans le contexte budgétaire très contraint que nous connaissons.

Les incertitudes concernant le cadre financier pluriannuel post 27 de l’Union européenne provoquent également de vives inquiétudes pour le futur de la politique régionale.

C.H. : Parmi les sujets de durabilité de l’ONU, il y a également l’égalité femmes-hommes. Est-ce un combat qui vous tient à cœur ?

H.B.: Absolument. Ce n’est pas seulement un combat qui me tient à cœur, c’est un engagement de toute une vie. À une époque où la parole des femmes était reléguée au second plan, j’ai rejoint l’Union des Femmes Réunionnaises pour défendre leurs droits et leur dignité. Nous étions de toutes les luttes : solidaires des Sud-Africaines contre l’Apartheid, présentes dans les tribunaux aux côtés des victimes de violences sexuelles, actives dans les mobilisations sociales pour une société plus juste.

Aujourd’hui encore, à La Réunion comme ailleurs, les inégalités persistent. Dans les salaires, les responsabilités, l’accès aux droits. Plus de 57 % des mères isolées vivent sous le seuil de pauvreté. C’est inacceptable.

En tant que femme, élue, Réunionnaise, je considère qu’il est de notre devoir collectif de faire avancer cette cause fondamentale. L’égalité n’est pas une faveur. C’est un droit.

Heureusement, nos luttes portent leurs fruits. La création des Maisons des femmes, le déploiement du bouton « My Sherif » sont des avancées concrètes, arrachées de haute lutte. Mais le chemin est encore long.

L’égalité ne se décrète pas : elle se construit, avec des lois, des moyens, une volonté politique, et surtout, de la constance. Je continuerai ce combat sans relâche, car c’est par la lutte que naissent les véritables progrès.

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